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Abribus, l’association Strasbourgeoise qui distribue gratuitement des repas chauds aux personnes démunies

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Abribus, l’association Strasbourgeoise qui distribue gratuitement des repas chauds aux personnes démunies

Salut à vous, amis caribous ! Il y a quelque temps, un des groupes Facebook que je suis, zéro sdf à Strasbourg a partagé une publication de la page Association Abribus Strasbourg qui demandait à qui voulait aider son prochain de participer à une ou plusieurs de leurs tournées. Je me suis donc intéressée de plus près à cette association et cela m’a donné envie de les rejoindre ! Jeudi soir dernier je suis alors allé rencontrer Stéphane, bénévole de l’association Abribus.

Abribus, kézako ?

« Créée en 1995, ABRIBUS est une association caritative de Strasbourg à but non lucratif, laïque, antiraciste et apartisane, qui distribue gratuitement des repas chauds aux personnes démunies durant les mois d’octobre à avril.

A raison de trois soirs par semaine – le jeudi, le samedi et le dimanche – les bénévoles confectionnent des repas chauds avant de les distribuer à l’aide d’un bus aménagé pour l’occasion, Place de la gare et Place de la bourse.

L’association est non subventionnée et se compose uniquement de bénévoles. Elle repose sur la générosité de ses donateurs (particuliers, associations et entreprises) et sur l’organisation d’événements de soutien (son propre concert annuel au Molodoi, repas solidaires, évènements sportifs ou culturels, etc.). »

Stéphane, 32 ans, développeur web, y est bénévole depuis 2010. Je l’ai contacté par téléphone et il a accepté de me rencontrer sur une des tournées.

Une rencontre généreuse et bienveillante

J’arrive à la gare de Strasbourg un peu avant 19h. Des personnes se sont rassemblées à l’entrée, histoire de mieux affronter le froid, glacial. J’attends le bus avec elles, un peu gênée d’avoir des vêtements bien chauds, et ne sachant pas comment cela va se dérouler.

Le bus sur place, chacun va à sa rencontre en bavardant, en souriant.

Je m’approche un peu timidement et demande à parler à Stéphane, qui me fait patienter un instant. C’est Hervé, qui fait la cuisine les samedis et dimanches pour l’association Abribus, qui vient en attendant se présenter à moi. Souriant, de bonne humeur, il m’explique rapidement son rôle et me désigne 2 jeunes de l’EPIDE venus donner un coup de main. Il me parle avec beaucoup de gratitude de Stéphane, qui vient à ma rencontre.

Les présentations faites, je lui pose une série de questions auxquelles il répond avec plaisir :

Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’investir ?

J’en avais assez d’être spectateur, j’avais envie d’agir. Et une fois bénévole, c’est l’ambiance qui m’a donné envie de rester : avec les bénévoles mais aussi avec les personnes que l’on rencontre.

Auprès de qui trouvez-vous ces denrées ?

On achète à très bas prix à la Banque Alimentaire et nous avons tout le reste sous forme de dons. Le Simply Market de la Robertsau nous donne ses invendus, les hôpitaux de Strasbourg les repas non servis, plusieurs boulangeries strasbourgeoises nous laissent leurs invendus de pains et pâtisseries… Tout cela est stocké dans un local qui nous est prêté par Emmaüs, grâce à qui on a également un bureau et une cuisine.

Grâce à cela nous pouvons distribuer en moyenne 200 repas par soir de tournée.

Et comment les distribuez-vous ?

Une fois qu’on les a acheminé vers nos locaux grâce à l’Eurométropole de Strasbourg et que les bénévoles les ont transformé en repas équilibré, on les livre en bus.

La CTS nous a fait don d’un bus que nous avons aménagé entre Noël et Nouvel An 2015 ! Nous avions dû interrompre les tournées et être les plus rapides possible ! C’est le 5ème qui nous est donné mais malheureusement ce sera peut-être le dernier, il y a de moins en moins de bus… Nous avons en plus une camionnette qui nous sert à ramasser les dons et avec laquelle nous faisons parfois les tournées, lorsque nous n’avons pas de bénévoles avec le permis que nécessite le bus.

Pendant que nous discutons, je ne peux m’empêcher de regarder autour de moi. Des enfants, trop d’enfants. Des jeunes, des moins jeunes, des ados, des familles, des personnes seules. Français, immigrés, tous ensembles face à la misère et ses difficultés.

Mon cœur se serre, mais leur accueil et leurs sourires me redonnent foi en la vie.

Stéphane est sollicité à intervalle régulier non pas par les bénévoles, parfaitement autonomes, mais par ceux qui n’ont pas de toit sous lequel passer la nuit et qui aimerait joindre le 115.

Tu m’as dit au téléphone que l’asso avait « trop de bénévoles ». Est-ce que ça a toujours été le cas ou penses-tu que le contexte socio-politique sensibilise davantage les Strasbourgeois ?

Oui, peut-être le contexte, c’est vrai qu’il y a de plus en plus de bénévoles…

Après, ça s’explique aussi par le fait que nous n’ayons pas de filtre : chacun peut donner un coup de main. Si ça se passe mal, alors on change, tout simplement. On est 80 actuellement, avec une moyenne d’âge de 35 ans. On a un turn-over important, car nombreux sont les étudiants qui viennent 1 an ou 2, et c’est une action qui demande de l’investissement, de l’énergie aussi.

Ils apprennent l’existence de l’association via le bouche à oreille, Facebook, le site internet mais surtout, par le bus !

Est-ce que vous faites d’autres actions ?

On aimerait bien mettre en place une distribution de sandwiches et de boissons cet été, car on a besoin de se nourrir toute l’année ! Seulement, ce n’est pas facile car les bénévoles sont épuisés, ont envie de se changer les idées, partir en vacances après avoir passé l’hiver dans les rues à nos côtés !

Sinon, on organise un concert au Molodoï chaque année pour nous aider à financer le matériel et des jeunes vont faire un cross au profit d’Abribus.

Comment votre aide est-elle perçue ? Par les habitants ? Par les sdf ?

Plutôt très bien dans l’ensemble ! Parfois nous avons quelques réflexions désagréables lors des collectes mais cela reste anecdotique. Nous distribuons les repas sur la place de la Bourse, où il y a peu de visibilité pour 2 raisons : respecter l’intimité des personnes qui viennent se nourrir et éviter de déranger les Strasbourgeois. Quant à la place de la Gare, c’est un peu plus délicat car nous sommes en plein milieu mais le choix fut fait car il y a beaucoup de centres d’hébergement autour.

Ensuite, tu as sans doute remarqué que nous ne portons ni gilet jaune ni badge. Cela permet de ne pas instaurer de barrière, nous sommes tous égaux. On donne car on le peut, ils prennent car ils en ont besoin.

Le but d’une association comme la nôtre est de ne plus exister !

Aidez-vous également des personnes à se réinsérer ?

Ce que l’on fait principalement c’est appeler le 115, pour trouver des hébergements d’urgence. Il est obligatoire de passer par la plateforme téléphonique, on ne peut pas aller frapper à la porte d’un de ces centres si on n’est pas inscrit au préalable. On appelle pour eux, car ils n’ont pas les moyens de le faire. Nous avons demandé à la ville de remettre quelques cabines téléphoniques à des points stratégiques, que chacun puisse appeler, c’est un numéro gratuit…

Concernant la réinsertion, on dirige les intéressés vers des associations spécialisées (casas, accueils de jour etc), on fait le lien… On rédige quelque CV aussi, si besoin !

Aurais-tu envie de donner le mot de la fin ?

Malgré tout ce que l’on entend, des gens dorment encore dehors. La ville fait des efforts, elle a par exemple ouvert son gymnase lors des périodes de grands froids. Mais c’est à l’échelle nationale que cela doit se faire : il y a énormément d’immigrés, des enfants scolarisés qui passent leurs nuits dans la rue. Il nous faut plus de solidarité nationale, plus de cohérence !

Un grand merci Stéphane de m’avoir accordé de ton temps si précieux, merci également à tous les bénévoles de l’association Abribus, à tous ces sdf qui m’ont accueilli tout sourires, ont posé devant mon objectif et m’ont livré une part d’eux-mêmes.

Amis Caribous, je vous appelle à la solidarité ! Offrir de la nourriture, des vêtements, de son temps, son argent, ou même un sourire ne nous ruine pas, bien au contraire : cela nous enrichit le cœur et l’esprit !

1 Comments
  • paule

    Répondre

    ancienne bénévole…l’article reflète vraiment bien le vécu de cette association….bravo à tous..

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